Dernier enfant du paysagiste Pierre Patel, dit Patel l’Ancien (1605-1676) et de Marguerite Verdier, Pierre-Antoine (dit Patel le Jeune) suit la voie tracée par son père et par son frère aîné, Jacques, prématurément disparu, tué lors d’un duel. Il se forme dans l’atelier familial, où il seconde puis assiste son père dans son activité. L’année qui suit sa disparition, Pierre-Antoine, alors âgé de vingt-neuf ans, est reçu maître peintre à l’Académie de Saint-Luc, héritière de l’ancienne corporation parisienne des peintres et sculpteurs. À la différence de son père, qui fréquente Vouet ou Romanelli, Pierre-Antoine ne semble pas nouer de relation particulière avec des artistes de renom, susceptibles d’exercer une influence importante sur son art ou sur sa carrière. Toutefois, un acte notarial daté de 1680, le désigne comme « maître peintre et peintre ordinaire du Roy », ce qui laisse supposer qu’il aurait alors travaillé pour Louis XIV.
La réalisation la plus célèbre de Pierre-Antoine Patel est la série des Douze mois de l’année, exécutée en 1699 et aujourd’hui dispersée dans des collections publiques et particulières. Ses autres tableaux, de format tantôt réduit, tantôt très grands, se présentent parfois sous la forme de pendants ou de séries moins ambitieuses, consacrées aux Saisons, aux Éléments ou aux Moments du jour. L’ensemble de sa production s’adresse à une clientèle d’amateurs fidèles et éclairés, principalement parisienne, qui conserve le souvenir de l’art clair de Patel l’Aîné et se délecte devant les compositions poétiques de Patel le Jeune. Si Pierre-Antoine développe, sur les traces de son père, le même genre de paysages méditerranéens sur lesquels figurent d’imposantes ruines antiques et quelques rares personnages, son style se démarque de celui de son père.
Pierre-Antoine, qui aime représenter les effets atmosphériques et le ciel, ne fait jamais monter ses frondaisons et ses architectures jusqu’au bord supérieur du tableau. Chez lui, les lointains s’organisent en plans successifs, encadrés par des arbres aux troncs tortueux. Le premier plan gagne en profondeur et se hérissent de rochers escarpés et d’une végétation sauvage. Le rythme de l’ensemble est saccadé, virevoltant, presque polyphonique, mais les détails, et plus encore les éléments d’architecture, s’effacent pour se fondre dans des rendus d’ombre et de lumière. Patel le Jeune joue avec la lumière de la scène pour accentuer l’aspect irréaliste et une certaine vision fantasmée. De cette manière, il guide le regard du spectateur entre les montagnes bleutées à l’horizon, les gestes des personnages ou les murs écroulés des temples antiques.
L’œuvre que nous présentons illustre de manière exemplaire les compositions de Patel le Jeune, qui aime réunir sur la toile plusieurs registres iconographiques. Au premier plan, les figures de Balaam et de l’Ange (Livre des Nombres), bien que minutieusement peintes, paraissent petites au regard de l’immensité des ruines de l’édifice qui occupent la partie gauche du tableau. Ce temple évoque l’architecture religieuse des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment celle des églises jésuites, tout en faisant apparaître sur son fronton central une surprenante sculpture de Diane Chasseresse. En contrebas se joue la scène centrale : Balaam, envoyé pour maudire le peuple d’Israël, est arrêté dans sa route par l’ange envoyé par Dieu. Invisible au prophète mais perçu par son ânesse, celui-ci rappelle à Balaam qu’il ne pourra agir qu’en respectant la volonté divine. En associant au sein d’un même espace imaginaire des références précises – un épisode biblique singulier, une architecture d’inspiration chrétienne et un décor sculpté issu de la mythologie antique – Patel donne à voir une culture érudite dans un paysage idéal de la campagne romaine. La composition repose sur un contraste marqué entre la grandeur de l’édifice, en partie envahi par une végétation abondante, et l’ouverture, à droite, sur un horizon paisible. Cette organisation asymétrique de l’espace, caractéristique de l’artiste, favorise l’effet de profondeur et confère à la scène une dimension contemplative.
Nous remercions Madame Natalie Coural d’avoir confirmé́ l’authenticité́ de notre œuvre après examen de visu.







