Fils de Peter Verdussen (1662-1701), illustre peintre de batailles et descendant de l’artiste Jacob Verdussen, Jan Peter semblait naturellement voué à une carrière artistique. Il entame sa formation dans sa ville natale d’Anvers, sous l’égide paternelle.
Inspiré par l’œuvre de son père, le jeune artiste se tourne vers le genre militaire. Aux alentours de 1743, il part pour l’Italie et s’installe à Turin, où le roi Charles Emmanuel III de Sardaigne le nomme peintre officiel de la cour, chargé d’illustrer, pour la villa royale, des scènes célébrant la maison de Savoie. Dès lors, Verdussen s’affirme comme un artiste reconnu : les représentations de batailles et de campements deviennent sa spécialité qu’il conservera tout au long de sa carrière. Mentionné à Marseille en 1744, il jouit alors d’une solide réputation de peintre de batailles, tout en explorant aussi des sujets plus sereins. La paire de tableaux que nous vous présentons en témoigne, alliant le goût pour les campements et les chevaux à l’élégance de rencontres mondaines lors d’une partie de chasse à la campagne.
Influencé par l’œuvre de Philips Wouwerman (1619-1668), Verdussen affectionne particulièrement les thèmes de la chasse, du départ ou du retour de chasse, parfois illustrant des membres de la maison de Savoie (ill. 1). Certains sujets d’inspiration cynégétique ou militaire ont pu être conçus en pendants, représentant deux moments sociaux majeurs de la chasse (ill. 2). Dans ce traitement délicat, la nature n’est jamais reléguée au second plan : elle intervient dans la composition, tantôt à droite, tantôt à gauche, de manière à relier les deux toiles comme une scène théâtrale. Nos deux œuvres en offrent un exemple représentatif. La première met en scène le départ pour la chasse : au centre, un cavalier coiffé d’un tricorne échange quelques mots avec un compagnon à pied, tandis que les chiens s’agitent autour d’eux, prêts à s’élancer. À l’arrière-plan, dans une attente animée, des paysans observent la scène et d’autres chasseurs se rassemblent dans le paysage.
La seconde toile illustre quant à elle le repos durant la chasse. Dans une clairière ombragée, deux élégantes coiffées de tricornes sont entourées de chasseurs conversant paisiblement. Les chevaux, retenus à l’arrêt, patientent tandis que les chiens se regroupent auprès de leurs maîtres. À droite, un homme dépose le gibier fraîchement capturé, témoignage d’une chasse fructueuse. L’ensemble transmet un moment de pause harmonieux associant convivialité, prestige social, raffinement et nature.
De ses racines flamandes, Verdussen tire le meilleur de la peinture à l’huile, perceptible dans sa maîtrise du rendu des étoffes. De Wouwerman, qui avait fait de la chasse l’un de ses thèmes favoris, il retient avant tout le traitement anatomique des chevaux. Dans ses compositions, le cheval occupe ainsi une place centrale, qu’il soit sellé, tenu en bride ou lancé au galop. Le mouvement et la musculature de l’animal sont rendus avec une grande virtuosité, soulignant son caractère majestueux.
La lumière diffuse envahit harmonieusement ses scènes. Les deux tableaux semblent se situer à la fin de la matinée ou dans l’après-midi, lorsque le soleil bas éclaire les sujets principaux sans créer de contrastes excessifs, tout en guidant subtilement le regard vers les figures centrales. Les sous-bois et arrière-plans, plongés dans une pénombre douce, sont rendus par des camaïeux d’ocres, de verts et de bruns, renforçant la profondeur et la délicate atmosphère des compositions.
Actif en France à partir de 1744, le talent de Jan Peeter Verdussen trouve une certaine reconnaissance à Marseille où il devient membre puis directeur de l’Académie et contribue ainsi à transmettre la tradition flamande du paysage et de la scène de bataille aux artistes de la région. Le peintre s’éteint à Avignon à l’âge de 63 ans, laissant derrière lui un précieux témoignage de la production hybride prise entre les traditions flamandes et italiennes.



